À la suite de violences contre ses équipes fin octobre 2024 puis face à des restrictions de mouvements autour de la localité de Nampala, Médecins Sans Frontières (MSF) avait dû évacuer les membres de son personnel le 10 décembre 2024 et ne pouvait plus assurer le même support aux structures de santé. Les équipes de MSF ont récemment repris leurs activités dans le centre de santé de Nampala et vont à nouveau intervenir en périphérie pour continuer à offrir des soins de santé gratuits à la population.
Ximena Andrea Campos Moreno, responsable médical MSF, décrit la situation sur place et les défis auxquels sont confrontées les équipes pour apporter des soins de santé dans ce contexte.
Quelle est la situation à Nampala ?
La zone était et reste le théâtre d’affrontements entre les forces armées maliennes soutenues par leurs partenaires russes et les groupes armés non-étatiques. Cette situation entraîne de fréquents déplacements de population, au gré des combats, notamment depuis la périphérie vers le centre de Nampala, vers les zones de Tenenkou et Dioura, et jusqu’en Mauritanie.
En outre, pendant plusieurs mois, la ville n’a plus été approvisionnée en vivres et biens de première nécessité. La population était prise en étau et il était devenu quasiment impossible de mener des activités de routine. Une partie du personnel médical, face à ces difficultés, avait aussi quitté la ville. Aujourd’hui, les mouvements reprennent petit à petit mais la situation demeure très volatile.
Quels sont les besoins médicaux et sanitaires ?
Dans un contexte où l’accès aux soins est limité, que ce soit à cause de l’insécurité, du manque de personnel ou la non-disponibilité de médicaments essentiels, les besoins médicaux sont croissants. Or, il est vital que la population ait accès à des soins de santé de base. Aujourd’hui, ce sont surtout les femmes et les enfants qui ont besoin d’une assistance médicale, notamment pour prendre en charge les nombreux cas de paludisme qui peuvent être fatals pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes.
Mais nous constatons aussi l’urgence de traiter des cas de malnutrition, les infections respiratoires et les nombreux épisodes de diarrhées (à cause de la pénurie en eau potable), qui représentent les principales pathologies constatées.

Comment MSF peut réussir à maintenir une présence dans cette région ?
Nous intervenons dans une zone complexe, qui nécessite d’être en contact permanent avec l’ensemble des acteurs aux niveaux local, régional et national afin d’obtenir des garanties de sécurité pour nos équipes et les patients.
En octobre dernier, nous avions dû suspendre notre intervention suite à des violences et des intimidations contre nos équipes alors que nous menions des activités médicales et humanitaires pour la population. Après des discussions avec toutes les parties prenantes, nous avions reçu les garanties nécessaires pour reprendre notre mission sociale.
Puis, avec les restrictions de mouvements, le stress et la fatigue inhérents à ce contexte, il était devenu de plus en plus difficile pour les équipes de rester sur place. Pour ne pas abandonner la population et le personnel soignant resté sur place, nous avions réussi à acheminer des médicaments essentiels et quelques équipements de base en janvier 2025 pour assurer la poursuite des soins de santé primaires.
Avec le retour des équipes de MSF sur place le 17 mars, nous allons graduellement reprendre l’ensemble de nos activités. Tout d’abord, nous sommes de retour au niveau du Centre de santé (CSCOM) où nous réalisons, en étroite collaboration, avec l’association de santé communautaire de Nampala, des consultations curatives, prénatales et assurons les références des cas graves vers Niono si le contexte le permet. Dans une deuxième phase, les équipes se déploieront sur les sites communautaires dès que les conditions et les garanties de sécurités nous seront données.